50000 (1)
Etude urbaine et paysagère. Stratégie pour 50 000 logements
Agglomération bordelaise
2011

Maître d’ouvrage
CUB (Communauté Urbaine de Bordeaux)

Programme - Surface
Élaboration de stratégies urbaines opérationnelles pour 50 000 logements nouveaux le long des transports publics

Équipe associée
Lacaton & Vassal : architectes mandataires
Frédéric Druot : architecte
Christophe Hutin : architecte

 

La remontée d’une rivière en ville.

Rencontre 1.
Avec un vieil homme, rue Lecocq (Bordeaux) :
- « Je cherche la rivière Peugue, vous la connaissez ? »
- « Quand j’étais jeune, je remontais les berges du Peugue pour aller à la plaine des sports. On passait sous les boulevards. Je m’en souviens bien. On s’en servait comme d’un chemin. Et puis ils l’ont busé et ils l’ont même dévié. Vous ne le trouverez pas par ici. Il passe un peu plus loin maintenant. »
- «Vous vous souvenez de la végétation qu’il y avait au bord ? »
- «Ah oui ! Une sale végétation comme on dit (avec un sourire). C’était parfait pour nous. »

50000 (2)
I. L’approche.

Question
Il s’agit de se demander de quelle «nature» on parle quand on parle de la présence de la «nature» dans l’espace de la ville.

Constat 1
Lorsque l’on aborde la question de la présence de la nature à l’échelle d’une agglomération telle que celle de la CUB, on a tendance à orienter rapidement la réflexion sur certains types d’espaces comme: les territoires agricoles périurbains (questions d’agriculture périurbaine) ; les territoires forestiers ; les réserves naturelles ; les friches industrielles, agricoles, tertiaires... Ce sont tous des espaces assez facilement localisables dont il suffit de faire la simple cartographie si cela n’est pas déjà fait.

Ce sont très certainement et de manière évidente des espaces d’accueil pour le vivant et la biodiversité qu’il est très facile de connaître, inventorier, et à propos desquels d’ailleurs on dispose déjà d’une connaissance très suffisante pour orienter des modes gestion favorables à la fois à ses utilisateurs et au vivant.

Comme ils sont facilement identifiables et localisables sur une carte, on a déjà amassé à leur propos une somme faramineuse d’informations et de nombreux acteurs locaux tra- vaillent déjà depuis longtemps dans le sens de leur préservation et de leur utilisation, mise en valeur... Un ensemble de projets y sont déjà en cours ou ont déjà vus le jour qui per- mettent de préserver à long terme ce foncier pour le vivant et la vie des habitants (parc des coteaux, des Jalles...)
Il suffit simplement de mener une politique claire et coor- donnée pour les préserver sans les brader irrémédiablement en foncier pour du bâti. Il s’agit d’éviter dorénavant leur colonisation par le bâti et d’en faire des espaces «urbains» d’avenir, c’est-à-dire des espaces libres.

50000 (3)
Constat 2
Aborder la question des lisières par rapport à ces territoires, c’est peut-être déjà faire un premier pas problématique vers leur colonisation future par le bâti. Il vaudrait peut-être mieux ne pas poser la question des lisières urbaines dans ce sens mais plutôt l’inverser en la relocalisant à l’intérieur du cadre bâti.
Il faudrait donc faire la même différence concernant le terme de lisière que quand on parle des lisières d’une forêt et des lisières d’une clairière à l’intérieur de la forêt. Cela précise autrement l’importance des lisières.

Proposition 1
Il vaudrait peut-être mieux ne pas focaliser l’attention seulement et en priorité sur ces espaces très facilement localisables qui sont souvent au-delà du tissu urbain et que l’on connaît assez bien déjà.

Mais plutôt, appliquer une attention soutenue et inventive aux espaces à l’intérieur des zones urbanisées, plus proches du bâti. Les formes de présence de la nature y sont beaucoup plus difficilement identifiables, beaucoup plus difficilement compréhensibles et très peu étudiées du point des formes de présence de la nature. Cela concerne tous les « espaces entres », non répertoriés comme foncier naturel ni agricole.

La notion de lisière n’y est pas une simple métaphore dans le vocabulaire urbanistique mais y prend toute sa dimension concrète. Tous ces espaces ont des caractères de lisières.

50000 (4)
Pourquoi est-ce important ?
Parce que ce sont ces espaces qui constituent le cadre de vie ordinaire d’une grande partie des habitants de la CUB. Ce sont ces espaces qui constituent ce qu’on appelle couramment « l’espace public ».

Ce sont les espaces auxquels chaque habitant de la CUB est confronté quand il regarde par sa fenêtre, sort de chez lui, va à son travail, amène son enfant à pied à l’école, etc. Au contraire de la plupart des espaces « naturels » et des espaces agricoles facilement identifiables, ce ne sont pas des « espaces de nature pour le week-end », mais plutôt et essentiellement des « espaces de nature ordinaire » pour la plupart des habitants de la CUB.

A la question initiale de quelle «nature» on parle quand on parle de la présence de la «nature» dans l’espace de la ville, il faut donc répondre : la nature ordinaire.

Proposition 2
Il y aurait donc beaucoup à gagner, pour appréhender et améliorer le cadre de vie des habitants de l’agglomération de Bordeaux, à considérer ces espaces de nature ordinaire comme un foncier de grande envergure pour le vivant dans la ville et, à partir de ce point de vue, un terrain d’intérêt collectif de premier ordre pour l’avenir de l’expression : « vivre mieux en ville ». Or nous en avons une connaissance, du point de vue des formes de présence de la nature et du vivant, des dynamiques naturelles... si fragile qu’il est difficile de pouvoir en parler de manière pragmatique et pratique à l’échelle de l’agglomération.

Le premier pas à faire est donc de fabriquer des outils pratiques pour parler de cette nature ordinaire. En somme de fabriquer une connaissance spécifique manquante.

50000 (5)
II. Objectif 1
Fabriquer une connaissance spécifique manquante concernant la nature ordinaire dans l’environnement quotidien des habitants de l’agglomération de Bordeaux.

Il s’agit donc d’aborder la question de la présence de la nature dans la ville en priorité sous sa forme la plus ordinaire, celle relativement peu visible si l’on n’en est pas habitant, mais qui pourtant participe et constitue précisément le cadre de vie, au quotidien.

Il s’agit de commencer à envisager un discours, une parole sur la présence de la nature au quotidien dans la ville. En somme commencer à aborder la place que peut jouer le vivant dans le «cadre de vie».
Il s’agit donc de fabriquer, d’imaginer une manière de regarder, d’aborder la présence de cette nature ordinaire dans l’espace de vie des habitants.