Massif du Mézenc (1)
Plan d’aménagement et
de gestion du site classé du
massif du Mézenc, Haute Loire
Etude paysagère 2009

Commanditaire
Ministère de l’Ecologie et du Développement Durable Direction Régionale de l’Environnement Auvergne

Surface
4000 ha.

Équipe associée
Marie Baret et Victor Miramand

Le cahier de gestion
Qu’est-ce qu’un cahier de gestion de site classé ?
Un cahier de gestion d'un site protégé n'est pas un document opposable. C'est un document de référence à la fois pour les services de l'Etat chargés de la protection des sites et à la fois pour les différents intervenants locaux (élus, habitants...) impliqués dans la vie du site et ses modalités de gestion. C'est donc un document qu'il faut considérer comme une interface entre deux niveaux d'organisation du territoire, deux conceptions qui suivent deux logiques différentes : une logique administrative pour la première et une logique sociale et économique pour la seconde. La question de la préservation de la qualité des paysages est le plan d'intersection choisi par l'administration pour établir le plan de gestion.

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Aussi important que le résultat (le cahier de gestion à proprement parlé) est la manière dont il doit être élaboré. Il doit être élaboré de l'intérieur même du site. C'est-à-dire en collaboration avec ses habitants et les différents acteurs concrets du territoire en question. Fabriquer un plan de gestion c'est essayer de fabriquer une attitude commune et concrète autour des divers projets en cours ou à venir sur le lieu, de manière à ce que chacune des opérations à mener le soit dans le sens d'une meilleure qualité possible.

Le lieu dans lequel s'élabore cette attitude commune est un comité de gestion. Dans le cas de l'élaboration du cahier de gestion du site classé du massif du Mézenc actuellement en cours, ce sont des paysagistes, nous-mêmes, qui animent et orientent ce comité de gestion. Notre première proposition a été de déplacer le lieu du comité de gestion de la préfecture du département sur le terrain, c'est-à-dire dans le territoire en question. Proposition évidemment acceptée avec enthousiasme par les élus et habitants. Il est impossible de tenter d'établir un cahier de gestion qui ait une certaine efficacité sans tenter de réduire la distance qui sépare les différents regards qui se posent sur le territoire.

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Une méthode de travail
Nous avons d'abord parcouru le site classé du Massif du Mézenc entres paysagistes. Cela nous a permis de fabriquer une manière de voir relativement autonome, dégagée des intérêts variés des différentes administrations, acteurs et habitants du territoire qui le découpent et le fragmentent souvent, consciemment ou inconsciemment, en fonction de leurs objectifs propres. Cela nous a permis de saisir une grande partie des qualités qui en font un territoire remarquable : ses qualités propres.

Puis nous avons consacré beaucoup de temps à faire une chose simple qui n’est pas toujours prise autant au sérieux que nous le faisons parce qu’elle nécessite de prendre son temps. Nous avons rencontré un grand nombre de personnes impliquées dans l'évolution du territoire du site classé.
En effet, nous pensons que c'est une étape primordiale pour la fabrication d'un projet commun de paysage. Sans cela, il devient peu probable de se donner une chance d'aborder la question du territoire en termes de paysage. Nous avons donc pris tout notre temps pour faire cette étape au mieux.

En théorie, il aurait fallu rencontrer tout le monde, c’est-à-dire toute personne impliquée de près ou de loin dans la vie du lieu. Mais évidemment et malheureusement, il a fallu limiter un peu nos rencontres.

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Ce qu'il faut retenir et que chacun sait implicitement, c'est que ces intérêts très diversifiés découpent le territoire de multiples façons, focalisent sur certains éléments ou endroits plutôt que d'autres et apparaissent très souvent comme contradictoires. Notre travail de discussions sur le terrain, dans les bureaux ou bien dans les cafés des Estables et de Chaudeyrolles, nous a permis de prendre en compte ces intérêts, d'évaluer leurs possibilités de convergence en fonction de la connaissance que l'on avait nous même du territoire.

Petit à petit, nous avons tenté de dégager quelles pouvaient être les possibilités d'intersection entre ces différents intérêts. Nous avons tenté de les formuler et de les spatialiser progressivement avec les acteurs notamment dans le cadre du comité de gestion dans la mairie des Estables.

C'est donc un travail progressif de synthèse d'éléments relativement divergents, contradictoires parfois, en confrontation avec les qualités propres du territoire que nous avons essayé de faire. Pour cette raison, nous demandons à tout lecteur de ce cahier de gestion de prendre la précaution de réfléchir plus globalement qu'il n'a peut-être l'habitude de le faire et de dépasser les frontières de ses vues propres sur le territoire pour intégrer les vues des nombreux autres acteurs. C'est une capacité nécessaire pour un travail commun dynamique sur un territoire dont l’enjeu est collectif. Nous espérons que tout en faisant cet effort, il pourra y retrouver toujours sa propre vision des choses nécessairement déformée dans un sens particulier au contact de la vision des autres « habitants » du lieu.

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Notre travail de paysagiste s’est donc progressivement transformé en travail collectif. Pour cela, nous avons proposé des séances de demi-journées de réflexion en ateliers à thèmes : 1/ Accueillir ; 2/ Parcourir ; 3/ Les sommets ; 4/ La signalétique ; 5/ La forêt. Ces cinq thèmes organisent le plus gros du plan du cahier de gestion final. Celui-ci se divise en plusieurs petits cahiers didactiques et facilement manipulables. Nous avons conçu ces cahiers pour qu’ils soient les plus pragmatiques et concrets possibles.

Ce travail collectif  de discussion et de réflexion nous a poussé à clarifier certains termes récurrents qui n’étaient finalement pas très clairs pour tout le monde. Cette absence de clarté n’allait pas sans introduire une sorte de confusion dans les échanges et certaines incompréhensions. Elles relèvent de questions simples et fondamentales : A quoi sert un paysagiste ? A quoi sert un comité de gestion ? Qu'est ce qu'un cahier de gestion ? A quoi sert de classer un site ? Qu'est ce qu'un projet de paysage ? Commet réussir un aménagement ? Que veut dire exigence de qualité demandée par les services en charge de la protection des sites ?

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Un paysagiste
A quoi sert un paysagiste ? Il faut le regarder comme bien autre chose qu'un simple aménageur (qu'il peut être par ailleurs). Il faut regarder le paysagiste d'aujourd'hui comme quelqu'un qui sert à fabriquer des interfaces communes entre les occupants d'un territoire et le territoire. De par la position qu'il occupe, il sert à confronter ce que disent les habitants sur le lieu et le lieu lui-même. En quelque sorte, il sert à essayer de réduire la distance qui peut se créer malgré nous entre un endroit et la manière dont on en parle, influencés par nos préoccupations et nos intérêts qui nous font parfois perdre de vue ses qualités intrinsèques et l'intérêt commun. Le paysagiste, de par le métier qu'il exerce, occupe une position particulière dans le paysage. Il se trouve entre tout ce qui est dit d'un endroit par ses occupants ou acteurs divers (administrations, scientifiques, amis, habitants...) et l'endroit lui-même. Son travail est un travail d'éclaircissement.

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Que fait-il ? Il aide à fabriquer des manières de voir le territoire, des éléments de discours commun sur le territoire, des attitudes communes dans lesquelles les différents occupants peuvent se retrouver facilement. S'il n'est pas le seul à le faire, ce qui le particularise, c'est qu'il le fait à partir des différentes qualités propres au lieu qu'il sait percevoir, formuler et agencer dans un sens relativement clair et commun. Il en fait des agencements que chacun doit pouvoir saisir. Pour réussir à cela, il s'attache à faire deux choses : 1. Il est attentif à l'expérience qu'il fait lui-même du lieu ; 2. Il observe et essaye de comprendre celles qu'en font les autres (les habitants, les acteurs...). C'est à partir de ces deux opérations qu'il formule ou dessine, aussi clairement que possible, des interfaces entre tous les habitants ou intervenants sur un territoire. La petite phrase du géographe Augustin Berque à propos du paysage "une société aménage un territoire en fonction de la manière dont elle le perçoit et inversement le perçoit en fonction de la manière dont elle l'aménage" souligne à quel point la formulation de ces interfaces entre « occupants » (à différentes échelles) d'un territoire est déterminante.

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C'est la qualité de ces interfaces qui rendra évidente la justesse du niveau d'intervention nécessaire au lieu. Car c'est bien l'objectif poursuivi. Aider à évaluer le niveau d'intervention et les manières d'intervenir dans un territoire en fonction de ses qualités propres et des questions qui s'y posent (sociales, biologiques, historiques...). Trop souvent, des questions importantes sont traitées par un interventionnisme surévalué, à impact fort à courte échéance quand des opérations simples et ordinaires, moins visibles a priori, permettraient de les résoudre de manière plus sûre et à plus long terme. Trop souvent des modes interventions sont disproportionnés parce qu'importés d'autres contextes dans lesquels ils peuvent s'avérer par ailleurs efficaces. Trop souvent des modes d'intervention établis en contradiction évidente avec les dynamiques naturelles ou sociales propres au lieu bloquent pendant des années son évolution à long terme tout en laissant penser l'inverse aux décideurs. Suite à ces modes rapides et mal réfléchis d'intervention, il faut parfois des dizaines d'années pour rétablir de la simplicité et de l'évidence dans les stratégies collectives d'intervention à adopter pour un lieu. Le travail de paysagiste induit donc une réflexion sur un optimum de l'efficacité de l'intervention. Il est là pour proposer et aider à évaluer différentes alternatives pour le lieu et ses habitants, de manière concertée.

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